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collectives, bibliographie
Abderrahim Yamou, né à Casablanca en
1959, vit et travaille à Montreuil (93).

Quatre
expositions de Yamou à la galerie Al Manar, en sept ans - et pas
une redite. Après la rétrospective de sa décennie
en peinture (que l'on a pu visiter plusieurs mois durant au musée
de Marrakech, début 2001), l'artiste donne à voir les plus
récents développements de son travail sur le végétal
et ses germinations. Eclosion de formes et de teintes, douces, printanières
dirait-on, dans cette peinture qui reste puissamment structurée.
Arbres, volutes, entrelacements, interpénétrations de l'ombre
et de la vie dans une lumière voilée souvent… Dans
les formats moyens et jusqu'au monumental, Yamou, au plus près
du "miracle banal" de l'existence naturelle, parvient à
toucher notre sensibilité, et à nous surprendre encore.
Il faut découvrir le travail de cet artiste, s'émerveiller,
venir et revenir au contact d'une peinture "forte et douce comme
un vin" - car Yamou demeure l'une des valeurs les plus sûres
de la nouvelle peinture marocaine.
A. G

L'orientation des travaux de Yamou
se situe dans le droit fil d'une inspiration dont nous avions pu apprécier
l'enracinement africain : Yamou est d'abord le peintre d'une terre dont
les couleurs, l'ocre surtout, dans ses variations multiples, sont au fondement
même de l'acte de peindre. Si le "pays de la terre brune"
a souvent déjà été célébré
en littérature, il a trouvé en Yamou un peintre qui exalte,
dans leur permanence immémoriale, le poids de sa glaise, l'aridité
de ses terres du Sud. Forte présence, en ces toiles, de l'esprit
d'un lieu, d'un sol sur lesquels n'ont fait que passer les hommes.
En 1995 surgissent sur les toiles de Yamou, du fin fond d'une mémoire
qui dirait-on a évacué l'histoire et ses vagues de splendeur
et de sang, des formes animales suffisamment réalistes pour être
reconnaissables derrière les zébrures, les graphes qui égratignent
la toile. Bouquetins, béliers, oryx, gazelles... tout un bestiaire
antédiluvien se trouve rassemblé, allusif parfois (voyez
les gueules biffées raturées baîllonnées de
ses animaux), ramassé toujours dans la tension de son mouvement.
Nulle mièvrerie dans cette démarche : il y a de l'austérité
chez Yamou ; de la hauteur, dans le geste concentré qui griffe
la toile. Comme la morale, l'art ne connaît pas de progrès
: les peintures pariétales de la préhistoire, les gravures
rupestres de l'Atlas et d'ailleurs sont, d'emblée, magistrales.
Avec Yamou, l'art de peindre semble retourner à ses origines :
il a la force brute, l'austérité des grands ancêtres.
Cet artiste est inclassable - sinon quelque part du côté
des Magdaléniens.
Ce seront, à partir de 1998-1999, d'autres formes, végétales
cette fois, qui s'épanouiront dans le travail de Yamou (peinture
et sculpture). Feuilles, branchages penchant vers le sol ou s'épanchant
en d'obscures germinations ; forêts qui rougeoient dans l'harmonie
brune... Les teintes sont chaudes et profondes ; les formats, variés
- mais le mystère de la vie, dans ses formes les plus humbles,
et ses interrogations immédiates, est toujours suggéré.
Voilà une peinture qui, dans sa texture, et de par les représentations
qu'elle fait naître, ne peut laisser indifférent. Une peinture
réfléchie, sincère, consciente de ses effets, qui
s'interroge en nous amenant à nous poser les questions de l'origine
et du devenir.
Yamou tente ainsi, et réussit,
la gageure de peindre des paysages nocturnes : la part de l'ombre a grandi
dans sa peinture, et ses teintes assourdies surprendront plus d'un connaisseur
du Maroc, où la lumière est si forte. Mais cette ombre fait
aussi la part du feu : la peinture de Yamou, dans son parti-pris très
contemporain d'une libre figuration, concentre la tension de la vie, brute,
dans son désir sans mémoire d'expansion, et d'expression.
De grands blocs bitumineux affrontent
ainsi les formes déliées et les couleurs sourdes qui les
entourent. D'autres oeuvres privilégient les teintes claires :
grèges, presque blanches, elles voient reculer l'ombre en elles
- qui ne s'efface pas pour autant. La peinture de Yamou est un monde de
tension secrète ; un monde vivant, ardent, qui invite à
la contemplation, et à la méditation.
A. G.
Expositions
personnelles (sélection)
2002 "Les
Arbres voyageurs" (avec Sylvianne Lüscher, céramiste),
galerie Courant d'art, Paris ; Galerie Ephémère, Montigny-le-Tilleul,
Belgique ; Galerie Chantal Melanson, Annecy, France 2001
Château de Castenau-Bretenoux, France ; Galerie Al Manar, Casablanca
2000 Galerie Xenios, Frankfurt, Allemagne ; Musée
de Marrakech 1999 Galerie ADP, Orly, France 1998
Galerie Al Manar, Casablanca ; Les Anciens Réservoirs, Limay, France
1997 Galerie Garces Velasquez, Bogota, Colombie 1995
Galerie Hélène de Roquefeuil, Paris ; Galerie Al Manar,
Casablanca 1993 Galerie Al Manar, Casablanca 1992
Tour de Purgnon / Galerie M'édiatique, Dié, France 1991
Galerie Régine Deschênes, Paris ; Galerie M'édiatique,
Dié, France 1990 Galerie Etienne Dinet, Paris
Expositions collectives (sélection)
2001 Maroc contemporain : peinture et livres
d'artistes, De Markten/Al Manar, Bruxelles 2000
Musée de Cagnes-sur-mer, France ; Racines,
ville de Saint-Etienne ; Paysage, Fondation
Coprim, Paris 1999 Paris - Casa, Couvent des Cordeliers,
Paris ; Le Temps du Maroc, Galerie Le Comptoir/Al
Manar, Sète ; Maroc contemporain, Dreux/Al Manar ; La Parole
peinte, Rambouillet et Croissy-sur-Seine/Al Manar; Art dans la ville,
Saint-Etienne, France ; Visions contemporaines, Essaouira ; Galerie
Bunkier Sztuki, Cracovie, Pologne 1998 Galerie Ute Stebiche
Lenox, Massachusetts, USA 1997 Galerie de l'Europe, Paris
; Prix de la Fondation COPRIM, Paris 1996 Itinerrance,
Université de Toulouse-Le Mirail, Toulouse 1995
Fragments d'imaginaire, Institut français,
Casablanca ; La Peinture marocaine dans les Collections privées
françaises, BMCE, Paris Galerie des Portraits de
Tuzla, Bosnie-Herzégovine 1994 Centre des Rencontres
Internationales, Asilah 1993 Identité - Altérité,
UNESCO, Paris ; Galerie Nadar, Casablanca 1992 Musée
de Bucarest, Musée de Bistritsa, Roumanie 1991
Galerie l'Atelier, Rabat.
Bibliographie:
Yamou a publié deux livres d'artiste aux
Editions Al Manar : Stellaires dans la nuit des rêves,
poème d'Alain Gorius, gravure de Yamou, et L'Arbre
et la glaise, poème d'A. Gorius, peinture de Yamou.

Une oeuvre cohérente dans son
évolution
En ce samedi après-midi la
rue de la Révolution à Montreuil paraît bien calme. Pas de bruits et de fureur (la
révolution a besoin de repos) mais des ateliers d'artiste pour d'autres mutations, plus
intérieures celles-ci. C'est là que j'ai rencontré Abderrahim Yamou, peintre et
sculpteur. Non, son atelier ne s'ouvre pas sur un jardin luxuriant, source inspiratrice de
ses créations, mais nous découvrons, non sans quelque étonnement, le petit coin de
verdure de l'artiste: là deux peupliers, ici un olivier, plus loin, un pin, un laurier,
un citronnier... Tout ce monde végétal soigneusement et respectivement mis en pot dans
une cour intérieure Alors, si l'on regarde les tableaux accrochés aux murs de l'atelier,
nous découvrons des toiles qui donnent à voir une branche, une feuille, l'arabesque
d'une rose. Abderrahim Yamou peint le végétal dans ce qu'il est en tant qu'essence de
vie et de mouvement. Ces toiles ne représentent pas la nature mais l'idée du vivant dans
ce qu'il a d'essentiel, d'unique et de fondateur. L'artiste ne représente pas des arbres
ployant sous une frondaison abondante et colorée mais capte le principe de vie dans le
dépouillement et la sérénité. Il y a quelque chose de l'esprit "zen" dans
ces tableaux les plus récents, I'artiste s'efforçant à saisir avant tout la vie et les
traces qu'elle peut laisser dans l'espace-temps symbolisé par le tableau. Pas de couleurs
vives mais une gamme chromatique qui n'est pas sans rappeler les nuances de sable du sud
marocain de son enfance, là où il jouait chez ses grands-parents. "J'aurais aimé
être paysan, c'est ce que j'aurais dû être, j'aime malaxer la terre", lance-t-il
de sa voix douce et tranquille. Mais il en fut autrement. Quand il naît en 1959, la
famille Yamou vit chichement dans un quartier de Casablanca avec un père aveugle. A.
Yamou s'installe à Toulouse en 78 pour suivre des études de biologie qu'il abandonne, et
s'inscrit en sociologie avec pour but une thèse sur "l'art contemporain au
Maroc". Une façon pour lui de concilier son goût pour la peinture tout en restant
"sérieux" et justifier les heures passées au d'Histoire de l'art de
l'Université. En 86 il s'installe à Paris, trouve un deux pièces et se jette à l'eau :
il peint, parce que, dit-il, "ça me fait du bien"
Depuis, son art a évolué même si toute son oeuvre garde sa
cohérence.Sa dernière exposition à Marrakech, retraçant ses dix ans de peinture, en
témoigne. Des tableaux du "début", composés de terre et de sable, de métal
et de rouille, de lettres-signes à moitié effacés, jouant sur le processus de
décomposition et de vie aux toiles donnant à voir des branchages posés comme des
idéogrammes, c'est toujours tout un travail sur la gestuelle et l'élan de la peinture
qui sous-tend en filigrane. Abderrahim Yamou aimerait que l'on considère ses tableaux
comme étant eux-mêmes amenés à disparaitre. "Je fais de 1a peinture pour moi, je
n'ai pas la prétention de bâtir une oeuvre", dit-il. Comme sa peinture, l'artiste
semble être à lui tout seul une douce rencontre de courants culturels multiples : arabe,
européen, asiatique... Sa vie est là pour en témoigner. A. Yamou a commencé à
dessiner avant que de parler (un hommage déguisé au père aveugle ?) pour aujourd'hui
saisir dans ses peintures cette "chose" qui pousse, le végétal, "ce
miracle banal", comme il se plaît à le dire tout simplement
Marie-Jeanne DENIS,
mai 2000

A propos de Yamou et de son
exposition au "Comptoir", à Sète
(...) A la vue des toiles de Yamou, on pense aux herbiers européens
comme ceux de Dürer ou Blossfeldt. Il élabore à partir du monde végétal des
compositions florales qui peuvent être perçues comme des signes-dessins, thèmes chers
à Matisse. L'effet herbier est immédiat, on retrouve le soin rigoureux du botaniste à
ordonner les éléments de la nature mais aussi des figures laissées à leur propre
prolifération. Yamou dit à ce propos : "La plante est continuité et changement.
Elle est aussi photosynthèse : elle apporte la vie...". Même si le peintre ne
s'attache pas à réaliser des répliques de plantes à partir d'ouvrages scientifiques,
son atelier en abrite quelques-unes qui nourrissent son imaginaire. Mais comprendre
l'oeuvre de Yamou, c'est s'aventurer dans une géographie sensuelle et organique où le
vivant est omniprésent. Ses motifs floraux prennent corps dans des couleurs souvent
sombres et caverneuses. On a le sentiment qu'ils sont enracinés au plus profond de
l'humus renforçant les dualités entre ombre et lumière, vie et mort.
Ses plantes sont ensevelies mais des bribes de vies semblent émerger
grâce au terreau de couleurs ocres et chaudes. Le propos de Yamou est poétique par
l'expression d'une fragilité qui trouve tout son sens dans l'éternel conflit entre le
dessin et la couleur. Le végétal semble coexister avec celle-ci et inversement.
L'univers souvent chaotique des peintures de l'artiste induit la disparition du
"Tableau" et son éclatement, conduisant le spectateur dans des jardins aux
maléfiques arômes. Il y eut l'arbre de Mondrian qui a perdu ses fleurs, ses feuilles et
puis ses branches pour finir à l'équerre en noir et blanc. Celui de Yamou déploie de
nouvelles formes renvoyant, entre autres, aux célèbres fleurs de Andy Warhol, à une
cartographie de figures sexuelles florales - pistils, graines, calices, corolles,
pétales, étamines, fruits - avec lesquelles le peintre joue, évoquant ainsi une
agitation érotique troublante. Tout se confond, les lignes, les arabesques et même le
souvenir du réel, jusqu'à se perdre dans l'immensité d'un jardin aux origines
multiples.
L'oeuvre du peintre est dépourvue de tout artifice, c'est la nature
elle-même qui est l'artifice suprême. Les trois peintures présentées au Comptoir,
fascinantes, renvoient à une phrase de Louis Aragon extraite du livre Henri Matisse,
roman : "...semblant n'avoir sur lui que les ombres des fleurs."
Marie-Pierre DONADIO

Belkahia, expo Yamou
CE QUE DIT A YAMOU LA BOUCHE DOMBRE
Ce que Yamou apporte aujourdhui avec lui,
nul encore ne la vu au Maroc : depuis 1995, qui avait assisté au surgissement sur
ses toiles de tout un bestiaire antédiluvien, loeuvre a évolué vers, sinon
dautres horizons les siens restent ceux de locre et de la terre brune,
bien présents dans cette oeuvre dont le soubassement culturel est africain , du
moins dautres formes. Du temps a passé, et dans les compositions yamiennes
lélément végétal sépanouit. Feuilles, branchages penchant vers le sol ou
sépanchant en dobscures germinations ; forêts qui rougeoient dans
lharmonie brune
Les teintes sont chaudes et profondes ; les formats, variés
mais le mystère de la vie, dans ses formes les plus humbles, et ses interrogations
immédiates, est toujours suggéré. Voilà une peinture qui, dans sa texture, et de par
les représentations quelle fait naître, ne peut laisser indifférent. Une peinture
réfléchie, sincère, consciente de ses effets, qui sinterroge en nous amenant à
nous poser les questions de lorigine et de notre devenir.
Depuis deux ans Yamou tente, et réussit, la
gageure de peindre des paysages nocturnes : la part de lombre a grandi dans sa
peinture, et ses teintes assourdies en surprendront plus dun, dans ce pays où la
lumière est si forte. Mais cette ombre fait aussi la part du feu : la peinture yamienne,
dans son parti-pris très contemporain dune libre figuration, concentre la tension
de la vie, brute, dans son désir sans mémoire dexpansion, et dexpression.
De grands blocs bitumineux affrontent ainsi les
formes déliées et les couleurs sourdes qui les entourent. Dautres oeuvres
privilégient les teintes claires : grèges, presque blanches, elles voient reculer
lombre en elles qui ne sefface pas pour autant. La peinture de Yamou
est un monde de tension secrète . Un monde vivant, ardent, qui invite à la
contemplation, et à la méditation. Aujourdhui elle continue ses métamorphoses,
pour dautres germinations.
A. G.
YAMOU
par lui-même

Dabord, une sensation
de silence, de vide. Le tout est déjà là. Aussi
jaillissent des bribes de vie, englobante comme une certitude métaphysique.
Les plantes surgissent, progressivement, lentement.
Suggestion de vie et
source des formes.
Dans mon travail antérieur
ces formes trouvaient leur origine dans lécriture.
Derrière lélan de chaque forme il y a une lettre,
un mot, un son, ou une attitude calligraphique.
Les calligraphes chinois
disent ; la concentration est réciproque. La lettre dans
son mouvement trace lartiste.
Les plantes structurent
lespace et filtrent la lumière. Elles dévorent
progressivement lespace noir bitumeux et installent le paysage.
Et puis par leurs entrelacs et densités elles suggèrent
un sous-bois, proche du silence initial et du vide, par le trop-plein.
La feuille, la branche
ou larbre, sont tracés intuitivement sur la surface
de la toile dans un élan sans a priori. Mais le végétal
nest pas uniquement prétexte à donner forme.
Il y a la fascination à côtoyer le miracle banal :
la vie.
Fascination qui ne peut
se contenter dune suggestion peinte. Faire et voir pousser
une plante procède alors de la même nécessité
créatrice.
Dans mon travail de sculpture,
la recherche formelle est mise en équation avec la plante
et sa fragilité, la plante et sa négation : la mort.
Les clous créent
une surface métallique oxydable, vibrante, malléable,
et changeante.
La plante exige une certaine
interaction pour se développer.
Photosynthèse
et oxydation sont mises côte à côte.
Cette double présence
rend visible la transformation et le travail avec le temps.
Loeuvre est constamment
en devenir.
Paris, août 97

CONTEMPLER YAMOU
Comme un ton profond, résonant de
lintérieur dune forêt silencieuse, les nouvelles oeuvres dAbderrahim
Yamou incorporent sobrement et avec assurance un champ de mouvement et démotion.
En tant que source, la nature est traitée
métaphoriquement et définie comme un substitut à lesprit humain ; elle est
parfois vue à travers le cycle dune graine.
Notre regard souvre en voyant la graine
prendre possession du vide en se dépliant lentement, se transformer dans son voyage vers
léclosion, puis se rencontrer, face à sa dissolution dans la terre.
Quest-ce qui vient avant ? Quest-ce
qui vient après ? Quest-ce que nous pouvons faire du temps présent ? Les efforts
du peintre expriment des niveaux dincertitude poignants et troublants.
Dans son travail antérieur, Yamou créait de
grandes peintures contemplatives despaces extérieurs distants, des paysages
intuitifs de terre illimitée. Lartiste utilisait un plan pictural étendu. Les
toiles, couleur de terre, vastes, étaient souvent inspirées de traces calligraphiques. A
lintérieur de limpulsion de chaque forme, vibrait "une lettre, un mot,
un son ou une attitude calligraphique".
Dans le travail récent les traces
calligraphiques subsistent ; toutefois, lespace est captivé autrement. Yamou se
concentre. Composant et sélectionnant, il est dans une introspection plus profonde, il
amène les observateurs à une vue proche et intérieure à un endroit plus
personnel et peut-être plus privé.
La lumière voile les changements subtils du
sujet. Des oxydations bitumeuses sont placées à côté de champs délicats
dun blanc hivernal en opposition à la terre marron noir. La vie veut émerger de la
décomposiiton suggérée.
Dans ces champs duels apparaît une forme
rouge-brune qui souligne le contraste avec ce qui est en-dessous ; en souterrain. Comme un
symbole embryonique elle plane, ressemblant à un caillot saturé qui se forme, trempée,
riche et agressive dans son agitation ; disparate de ce qui est venu avant.
Cette forme troublante se répète, se multiplie,
dérange, interrompt posant une nouvelle question de lexistence.
Formellement, les marques permettent à lartiste de faire exister différents plans
et de créer une profondeur dans le champ du tableau. Métaphysiquement, elles donnent aux
tableaux un autre niveau de sens ; posant plus de questions à lobservateur sur
lexistence, sur le mystère qui précède la vie la magie qui vient avant et
après. Ce travail nous pousse à la contemplation.
Barbara PENN, Février 1998
(artiste et professeur à lUniversité
de lArizona, Tucson, Etats-Unis)
(traduction R. Byers)

Yamou et Abderrahim
Sijelmassi, galerie Al Manar
ABERRAHIM YAMOU,
linvention du possible
Comme toute recherche bien vivante, cette
peinture interroge les limites de lexpérience humaine et de ses multiples
expressions. Les signes calligraphiques y subissent, eux aussi, cette dislocation des
frontières : les symboles sont interrogés non du point de vue dun acquis établi
une fois pour toutes (comme le suggèrent certains peintres calligraphes), mais de celui
de linfini des possibles. Un infini qui ne relève pas seulement de lordre de
la prospection, mais aussi de profondes sédimentations qui, pour Yamou, portent
jusquaux "origines néolithiques". Tissu dense de la mémoire qui intègre
et refond tous les éléments jusquà en transformer lapparence : ainsi les
signes calligraphiques (arabes ou latins) sont-ils absorbés par lensemble, au même
titre que dautres traces.
Yamou nest pas un artiste
du déchirement et de lexil (cette "rhétorique"
ne lui sied pas plus que les académismes dont il se défie).
Sa peinture nous convie à lespoir, au plus profond
même de lincertitude et du désarroi. Rappel dune
vitalité première (comme les matières à
travers lesquelles elle sélabore), elle a pour ressources
le rêve et la mémoire, qui ouvrent tous deux sur linfini.
Mohamed JIBRIL

2003. "Platonique", bois, clous et plantes
vivantes
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