Peintres également présents à la galerie |
|
| QOTBI | |
rubriques de la page: oeuvres , bibliographie
Mehdi Qotbi, né à
Rabat en 1951, vit et travaille à Paris, où il mène
une double carrière de peintre et de lobbyiste politique et culturel
en faveur de son pays d'origine, le Maroc.
|
|
RENCONTRE ECRITE AVEC… Mehdi QOTBI Mehdi Qotbi vit et travaille à Paris depuis le début des années 70 ; il a exposé et figure dans un grand nombre de collections publiques et privées, au Maroc, en France, aux États-Unis, en Indonésie, en Arabie saoudite, en Jordanie, en Allemagne, au Canada... et a tissé en France, où il se sent pleinement intégré, un réseau d'amitiés mis, de longue date, au service de son pays. Ce peintre, communicateur-né, est aujourd'hui devenu un véritable médiateur culturel entre la France et le Maroc. Quelles raisons vous ont conduit
à choisir de vivre et travailler à Paris ? Comment êtes-vous venu
à la peinture ? Un jour je suis allé trouver M. Alerini, le directeur des Beaux-Arts de Rabat, et je lui ai dit que je voulais apprendre à peindre. Je n'avais pas d'argent pour payer les cours ; il m'a répondu que je pouvais faire ce que je voulais à l'Ecole - et voilà comment les choses ont commencé. J'avais seize, dix-sept ans... Et puis, par un concours de circonstances, j'ai décidé de partir pour la France. Je me suis inscrit à l'Ecole des Beaux-Arts de Toulouse, sur dossier. J'ai obtenu mon diplôme en 1971 ; j'étais le plus jeune diplômé de France, à ce moment-là ! Par la suite, comme cela marchait bien à Toulouse, j'ai décidé de venir à Paris. J'y ai suivi les cours des Beaux-Arts quelque temps ; mais j'avais toujours un problème, comment dire ? alimentaire... J'ai commencé à vivre de ma peinture, ou plutôt à vivoter, ou à survivre : ce n'est pas facile de gagner sa vie, quand on s'engage dans ce qu'on aime et qu'on n'est pas prêt à faire n'importe quoi. Mes exigences ont évolué.
A Paris, la vie était différente. Mon travail n'était
pas extraordinaire... Cela a été un choc de m'en rendre
compte : Paris, ce n'est pas Toulouse, la province. On y est constamment
confronté à un travail de qualité. Contrairement
à ce qui est dit parfois, je crois que Paris est une ville où
la qualité prime. J'ai donc cessé de rêver, et je
me suis mis au travail. On ne peut pas bâcler son travail ; c'est
sur lui, et sur rien d'autre, qu'on est jugé. J'ai appris, à
Paris, à ne plus être un dilettante de la peinture. Maintenant
cela va mieux pour moi ; nettement mieux. Peut-on parler pour autant de
véritable succès ? Le hasard a joué tout au long
de ma vie ; j'ai rencontré des gens passionnants et qui m'ont aidé.
Les médias se sont intéressés à mon travail…
Et après ? L'effet médiatique s'estompe rapidement. - Sur l'écriture. Cette écriture est arabe ; ce n'est pas pour autant de la calligraphie : elle ne respecte pas de règles, ne véhicule pas de sens littéral. C'est une écriture qui est faite pour être vue, et non pas lue ; elle s'inscrit en fait dans une dimension qui n'est ni arabe, ni occidentale. Ce travail n'a pas de frontières ; on peut seulement regarder en se disant que cela rappelle l'écriture arabe. Cette dimension est celle de mes racines. Quand j'étais jeune j'étais fasciné par les devantures des boutiques : elles étaient calligraphiées, et il en sortait de la musique… La sollicitation était à la fois visuelle et auditive. Lorsque je me rends à Rabat aujourd'hui, je ne retrouve plus tout cela… Le Maroc a changé. Mais ces souvenirs, cet enracinement me sont indispensables. Quand je suis arrivé en France, je suis allé jusqu'à perdre l'usage de la langue arabe. J'étais parti très jeune, un peu amer à l'égard des miens. Je me suis rendu compte par la suite que cet oubli témoignait de mon désir d'effacer mon passé marocain, les moments difficiles que j'avais vécus là-bas. Je n'avais qu'une envie, oublier, devenir un autre homme. J'ai vraiment vécu une nouvelle naissance, ici, en France. J'ai changé de prénom : de Mohamed, je suis devenu Mehdi. J'ai voulu changer d'identité... Et puis, avec le temps, ce refus s'est transformé en un désir de reprendre contact avec mon passé. J'ai voulu, dans ma peinture, revenir à mes origines. Je les ai retrouvées dans cette peinture desécrite que je pratique. J'ai desécrit mon langage pour, en fin de compte, mieux le retrouver. J'avais oublié l'arabe ; mais j'étais allé à l'école coranique ; j'avais connu la rue, où les calicots baignaient dans la musique sortant des échoppes ; j'avais appris ce que c'est que le trait arabe... Aujourd'hui, chez moi, cette écriture n'a plus aucun sens linguistique - mais un sens visuel, musical, religieux même. Disons que c'est une écriture qui vise à l'universel. Je me suis rapproché du soufisme… On me demande souvent, en France, si je suis musulman. Bien sûr que je le suis ! Je suis né dans un pays musulman - mais qui est un pays de tolérance, où toutes les religions se côtoient. Le Maroc est l'un des rares pays arabes où les trois religions du Livre cohabitent aisément. Je me suis rendu compte que je peux rencontrer Dieu n'importe où, dans une synagogue ou une église comme dans une mosquée. Dans cette peinture-écriture la couleur joue, à l'évidence, un rôle essentiel. - En effet la couleur est un élément
déterminant dans mon travail ; c'est par elle que l'Occidental,
l'Autre, y a accès. L'harmonie fait partie de ma vie. J'ai besoin
de la couleur, sans laquelle je ne puis vivre. Mais j'ai beaucoup de difficulté
à parler de ma peinture ; j'essaye de le faire le moins mal possible
; mais je ne puis l'expliciter clairement. Peut-on expliquer une respiration
? Il m'arrive de travailler jour et nuit sur des toiles ; de sortir complètement
de moi-même, de ne plus savoir o je vais : suis-je la toile,
la personne qui dort, celle qui vient de se réveiller ? Je n'en
sais rien. Dans le chant soufi les récitants sortent aussi d'eux-mêmes
; ils sont habités totalement par le chant sacré, tout en
gardant la maîtrise du mot. Cette maîtrise devient inconsciente,
comme le geste. - Vous voulez dire : où
les autres me verraient ! Je suis un artiste parmi les autres artistes
; il vaut mieux parler de l'endroit où les autres me situent. Ma
peinture poursuit son chemin, qu'elle-même m'a tracé. De
grands critiques m'ont fait l'amitié d'écrire sur mon travail
pour mieux l'expliciter. Je ne puis que me référer à
ce qui a été écrit. Barbara Rose a répondu
admirablement aux questions que mon travail soulève. Elle a montré
que l'on retrouve tous mes thèmes dans les mosquées, dans
les poteries, dans ce qui est donc essentiel à notre culture. En
fin de compte je n'ai fait que prendre, facilement. Je prends dans ma
culture une écriture, et j'essaye. Barbara Rose a évoqué
aussi, à propos de mon travail, deux autres éléments
importants : la musique, et le tapis. Ma mère faisait des tapis,
quand j'étais jeune. Ils ont entouré mon enfance. Les points,
la manière de les faire me fascinaient. Et je ne peux travailler
sans musique. Jessye Norman, Oum Kalthoum... je suis très sensible
à la voix humaine. L'écriture arabe est extrêmement
musicale, et rythmée. Elle est un rythme. On entend souvent dire
qu'une écriture est chaude, pleine de couleurs. Je dirai que mon
travail est plein de musique. La couleur ne contribue qu'à le rythmer.
Elle est le rythme de mon écriture ; elle accentue le mouvement,
qui est donné par le geste de la main. Quelle est votre place parmi
les peintres marocains ? En quoi réside l'originalité
de ce travail ? Propos recueillis par A.
G., Parmi les nombreux livres d'artiste réalisés par Mehdi Qotbi, on citera Désert au bord de la lumière, de Mohammed Bennis, poème traduit de l'arabe par A. Meddeb et rehaussé de gouaches et de deux gravures par Qotbi. Editions Al Manar, Neuilly/Seine, 1999 (20 exemplaires de tête et 10 hors commerce rehaussés de une ou plusieurs gouaches ; 50 exemplaires comprenant deux gravures originales de Qotbi).
|
|
Les textes et images présentées sur ce site sont la propriété de la galerie et des éditions Al Manar - Reproduction interdite |