En permanence à la galerie

MAOUAL

rubriques de la page: oeuvres , expositions personnelles, expositions collectives, bibliographie

 

 



Atelier Maoual, Marseille

 

 

Novembre 2004 : première exposition de Maoual au Maroc. Ce peintre et graveur, natif d’Essaouira, s’est fixé à Marseille depuis bientôt trente ans. Il a, là-bas, étudié la peinture et la gravure, travaillé, aimé, fondé une famille, lutté, bâti une réputation, une carrière. Aujourd’hui il rejoint les Atlassides, et l’on se réjouit de pouvoir faire découvrir un travail authentique, et novateur, à qui dans ce pays s’intéresse aux arts : Marocains de Marrakech, Marocains du Maroc, Marocains de cœur, de hasard ou de passion qui, venant des quatre coins du monde, se croisent et se retrouvent dans la capitale du Sud… Comme, avant lui, Azouzi et Binebine, qui ont inauguré leur carrière marocaine à la galerie Al Manar, Maoual assurément connaîtra aux Atlassides le succès que mérite son œuvre. Une production inventive et forte, aux confins de la tradition artistique africaine (gravure, sculpture subsahariennes ; matériaux de récupération) et de l’art contemporain occidental (fortes réminiscences, parfois, du Picasso solaire de l’époque minotaurine) : on la découvrira, présentée en permanence, aux cimaises de la galerie Les Atlassides.

Alain GORIUS

 

Maoual, une œuvre
au confluent de plusieurs cultures

 

Chez ce graveur, les lointains se rapprochent et se conjuguent. Le neuf et l'ancien, les traditions picturales, les modernités du Maghreb et de l'Europe s'interpénètrent. Toutes sortes de ressourcements, d'idéogrammes, d'interférences et de symboles se dédoublent, se mixtent ou bien s'affrontent.

On aperçoit sur ses planches des myriades de détails, une intense chorégraphie. On déchiffre des silhouettes, des deuils, des échardes, des naissances et des ombres qui peuvent évoquer la haute Egypte ou bien les fresques du Tassili. Simultanément, on rencontre du bruit et de la fureur, des éblouissements, des greffes et des surgeons, des épisodes périphériques, un arsenal de guerre moderne, un téléphone portable ou des débris d'ordinateur.

La confusion n'est jamais totale, les dissonances n'empêchent pas l'établissement d'une profonde harmonie. (…)

Les empreintes, les transparences, les scarifications, les pulsions, les tatouages et les retours de flamme qui traversent les corps en mouvement de ses personnages construisent d'étranges échographies. Sa technique est profondément empirique. Maoual obtient ses surimpressions, ses reliefs et ses encrages à partir de plaques de frigidaire préalablement découpées, martelées, trouées ou bien reforgées.

Tout ce qui peut émouvoir et chambarder un corps humain, ses joies charnelles, ses accidents, ses mutilations, ses transes, ses disputes et ses délivrances, ses espoirs de filiation ou bien son vieillissement se retraduisent et se répercutent sur des flaques de couleur dont les nuances et les compositions sont extrêmement raffinées, à l'intérieur desquelles les noirs et les blancs qui sont largement prépondérants, peuvent se distendre, se grisonner ou bien se bleuter.

Alain PAIRE

 


Le Yin

 


Le cri

MAOUAL Bouchaïb

Né le 26-02-1959 à Essaouira.

Diplôme National Supérieur d'Expression Plastique à l'école Supérieure des Beaux-arts de Marseille (France).

Vit et travaille à Marseille.

EXPOSITIONS PERSONNELLES

2004 Galerie Martagon Malaucène 2003 Galerie du musée du Patrimoine, Six fours ; Galerie Martagon, Malaucène, Galerie Annie Lagier, L’Isle sur Sorgue 2002 Galerie Alain Paire, Aix-en-Provence ; Poinso-Chapuis, Marseille ; Galerie JP Cupillard Grenoble 2000 Galerie Martagon, Malaucène, Galerie Palladion, Toulouse, 1998 Galerie Alain Paire, Aix-en-Provence, 1997 Galerie Aronowitsch, Stockholm, 1995. Agora, Marseille 1987 et 1989 Galerie "M" à Lindau en RFA 1987 Galerie Alma, Lyon

EXPOSITIONS COLLECTIVES (sélection)

Collection 2004 Artothèque de Miramas ; Galerie C, Amiens 2004 ; Référence marocaine d’art contemporain Amiens 2004 ; Une année d'estampe à L'Atelier M, Marseille 1999 ; Les 25 ans de la galerie Athanor, Marseille 1999 ; Pur Impur, Aix en Provence 1999 ; Artothèque de Miramas 1998 ; Musée des Alpilles, St Rémy de Provence 1998 ; Galerie JM Cupillard Grenoble 1998 ; Galerie Daniel Amourette à Rouen 1997 ; Galerie Martagon Malaucène 1997 ; Aix invite Marseille 1997 ; Collection / Donation Y. Michaud, Musée de Céret 1997.

Maoual a participé a de nombreuses biennales internationales d'arts graphiques : Espagne, USA, Norvège, France, Yougoslavie, Italie, Pologne, Pays-bas, Japon.

COLLECTIONS PUBLIQUES

Musée de Céret (France) ; Fonds communal d’Art contemporain de Marseille (France) ;Artothèque St Maur (France) ; Médiathèque Intercommunale de la Ville de Fos (France) ; Bibliothèque Nationale de Paris (France)


Bibliographie:

 

Peintures et sculpture à Marseille au XX° siècle, par Alain Paire édition Jeanne Laffitte.

Gravure, de Bonnard à Baselitz

Le Corps, Posture et imposture, les Cahiers thématiques 2000-2001, Médiathèque intercommunale Fos. Istres. Miramas.

Gravure, art et techniques. Catalogue de l'exposition du musée des Alpilles.


« La pratique de Maoual évolue entre gravure, peinture et sculpture. Fondée essentiellement sur l'anachronisme et l'humour, elle interroge la course folle de l’humanité et sa souffrance éprouvée dans l'obsession des déplacements incessants. A travers des figures fugitives se vivent (se voient), dans un fourmillement de signes, la joie et la déception, la fête et la tragédie de l'existence humaine…, le tout dans une concentration plastique où s'entremêlent Préhistoire et Epoque contemporaine... »

C'est aux plaques de frigidaires récupérées ici et là dans les ruelles des quartiers de Marseille que Maoual, bien enraciné dans la ville phocéenne, confie ses interrogations artistiques et existentielles. Dans son atelier ouvert sur la vie du vieux port, l'artiste éventre les parallélépipèdes blancs pour en extraire les supports de son activité de graveur. Les plaques de frigo sont d'abord débarrassées des accessoires inutiles, dépliées, découpées, martelées, trouées… bref, elles subissent toute une série de procédures techniques liées davantage à l'activité de sculpture qu'à celle spécifique de la gravure. Ensuite seulement vient le travail de la gravure, et l'artiste dessine alors spontanément, à l'aide de différents outils tranchants, des figures de formes variées. Il gratte l'écorce émaillée pour y ouvrir des sillons, la griffe, la scarifie jusqu'à retrouver la tôle à offrir au travail des acides pour en produire divers effets de matières.

Les gravures de Maoual mûrissent. Elles ont besoin de l'épaisseur temporelle pour tisser l'étoffe vitale. Aux nombreux passages par le bain d'acide, succèdent ceux des différents encrages. Patiemment, lentement, couche après couche, passage chromatique après l'autre, la gravure prend vie. Et toutes ces phases nécessitent aussi bien les unes que les autres un savoir-faire qui ne peut s'acquérir que sur la base d'une pratique de longue haleine. L'artiste revendique ouvertement cette dimension artisanale (dans le sens de la culture du bon métier et de la maîtrise technique) de l'acte artistique. Pour lui, les expérimentations artistiques, aussi osées soient-elles, n'ont de valeur que si elles sont portées par la rigueur d'un véritable savoir-faire digne de celui que possède un bon ma'allam (maître-artisan).

 

Sur les parois glaciales du métal émaillé, Maoual grave de manière instinctive et l'acte de graver s'avère pour lui ce qui catalyse le déploiement mnésique. La mémoire des parois ancestrales se révèle dans ses œuvres en interférences avec le fourmillement graphique qui dessine outils modernes et autres appareils de la technologie actuelle. Diverses spatialités et temporalités, aussi bien mythiques que réelles, s'y entremêlent. La Préhistoire, l'Antiquité grecque ou égyptienne et d’autres périodes civilisationnelles y côtoient la réalité actuelle. Maints signes provenant d'époques et de territoires divers s'affrontent et s'entrecroisent dans les espaces de ses œuvres, tatouent différents corps qui y évoluent, trament entre fonds et formes qui les animent, jusqu'à y produire de singuliers accords plastiques et sémantiques fondés sur l'harmonie des contrastes tant graphiques que chromatiques.

Le caractère géométrique des objets électroniques et engins mécaniques s'articule à l'organique des formes végétales, animales et minérales. Les registres naturels et industriels s'harmonisent. La trajectoire de l'acide qui ronge librement la tôle et se propage de manière aléatoire contraste avec la rigueur du tracé décisif et incisif d'un dessin industriel qui délimite froidement les contours de pièces mécaniques (pistolets, ordinateur, minitels, téléphones portables, grues, pelleteuses et autres chars de guerre…).

Dans ses gravures, Maoual tente d'écrire sa propre histoire dans l'Histoire, d'inscrire sa trame mnésique dans le tissu des cultures qui l'alimentent, de saisir ses origines lointaines pour mieux tracer les repères de son inscription ici et maintenant. Mais, l'artiste semble travailler surtout à dessiner sa vision de la provenance et la destinée de l'humanité tout en dénonçant la violence dévastatrice qu'elle cultive dans l'ignorance et le mépris des richesses potentielles et réelles qu'elle recèle. Richesses capables de lui procurer le meilleur des mondes si elle sait seulement les considérer à leur juste valeur…

Mohamed RACHDI

 


Aux Atlassides (nov. 2004). Maoual explique son travail.

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