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LAHBABI

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Kamal Lahbabi vit et travaille à Paris.

Lahbabi a réalisé des carreaux du 16è siècle (Masséo Abaquesne) pour les musées de France (participe à la restauration des céramiques du Château d’Ecouen, musée de la Renaissance), et créé des collections pour l’usine de céramique “Céramicor” (Oise). Fresques et pièces uniques de commande.

 


Principales expositions

1967-1974 :

Beaux Arts - Paris (Architecture)

1982 :

Exposition à Dallas (USA) ; Exposition “Mehr Licht”, Académie I - Paris

1983 :

Art Mural en France - Musée du Palais du Luxembourg, Paris

1984 :

Jeune Peinture - Grand Palais, Paris

1990 :

Musée des Arts Africains et Océaniens, Paris

1993 :

Galerie Alif Ba - Casablanca

1994 :

Galerie Les Orients, Paris

1995 :

Galerie Nadar, Casablanca

2000 :

Galerie Al Manar, Casablanca.

2002:

Fondation O. Benjelloun "Musée de Marrakech", Marrakech

 

Critique :

 

Lahbabi, peintre et céramiste

Certes la céramique est un art pratiqué depuis des siècles en Afrique du Nord. Depuis Volubilis jusqu’aux zelliges de la haute et belle époque, et jusqu’à aujourd’hui, le carrelage a embelli les demeures du Royaume chérifien, et d’ailleurs de tout le Maghreb.

Avec Kamal Lahbabi, architecte devenu maître-céramiste par passion, la donne change : le céramiste n’est plus un artisan reproduisant des motifs quasi immuables, mais un artiste à part entière, qui peint en céramique et de qui chaque pièce est unique. Autant de compositions, autant de tableaux différents. Les créations de Kamal Lahbabi ont cet avantage, par rapport aux travaux sur toile des autres peintres, et aux siens propres, qu’ils dureront bien mille ans — à moins que la maison dans laquelle ils auront été intégrés ne s’écroûle prématurément, ou que des vandales ne les agressent à coup de marteau…

Voici un artiste dont les oeuvres, délicatement figuratives, enchantent le regard et l’esprit : chacune d’entre elles raconte une histoire ; quand elles sont rassemblées, c’est tout un roman qui se déploie sous nos yeux. Ce roman, on le trouvera également, au sens propre, à la galerie Al Manar ; en effet Kamal a eu la bonne idée de traduire de l’arabe et de faire imprimer le texte énigmatique surgi de la poussière d’une ancienne bibliothèque qui lui a inspiré la série de superbes peintures-céramiques rassemblées aujourd’hui. Chacun de ces beaux livres porte, en frontispice, un délicat carrelage sorti des fours de maître Lahbabi, grand restaurateur des palais français de la Renaissance et — souhaitons-le lui — enchanteur des plus belles demeures marocaines. Avec lui, l’antique carrelage retrouve ses lettres de noblesse et redevient création plastique. A part entière.

A. G.


LAHBABI l’alchimiste

Au plus proche des métaphores (la soif de la terre, la cruelle parodie de l’eau qu’est le sable ; le labyrinthe ébauché par l’écriture noyée des dunes, la ville qui, par la réitération d’un motif, unifierait la solitude et la multitude; le voile d’une silhouette et la minéralité des murs ; la couleur, comme une goutte d’eau cristallisée par le feu), le céramiste est ramené, au sens littéral, à même la terre, là où les architectures s’effondrent, se recommencent, rêvées sur des terres planes. Etre toujours plus près du recommencement.

Il y a de l’alchimiste chez Kamal Lahbabi, un alchimiste qui n’en finit pas d’être surpris par une couleur attendue et pourtant prévue, amoureux d’un détail, pris et repris tel un oasis fastueux et illusoire comme si les transmutations se devraient d’être toujours en cours. Souvent une scène familière : un homme attablé, clos dans une solitude tranquille. Il nous arrive de loin, l’émail fermant les porosités de “ volcan éteint ” qui semblent encore nous le confisquer.

Il apparaît, n’en finit pas de nous apparaître, incendie qui se déclare sans se produire, brèves transmutations toujours au bord de sa révélation.

L’attente se fait durée. Temps de l’attente de cette solitude, ou de ce visage féminin que le regard, le parcourant, a l’illusion de recréer, mais que la pellicule de la couleur, comme du temps durci, nous met en demeure de toucher. Qu’un corps nu s’éploie, enracinant une de ses mains à la liane d’une rivière, son espace est la nostalgie qui nous habite ; nous en caressons les parois lisses.

Et de l’espace où nous nous mouvons, Kamal Lahbabi, sur la surface plane, nous livre les reflets de lumière, presque capturée, où miroitent les années nécessaires à nous parvenir, dans l’exil dévoilé, à distance, de la lumière qui nous entoure. Il m’est arrivé de voir un homme, sculpté, oui : à trois dimensions, oui : “sauvé” des métaphores de la terre assoiffée : chapeau sur la tête, tête inclinée, jambes lourdes ; il était là, surpris, échappé, à la dérive, comme en état de lévitation, comme s’il était le siège d’un vent permanent interne, à découvert, avide d’espace et veuf de la terre.

Jean Signoret


 

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