Guerryam, du Nord au Sud
Son choix a été daller toujours plus au
Sud.Là où lombre et la lumière se heurtent, le bleu sintensifie.Dans la
violence des éblouissements le coeur sélargit.On marche dans le labyrinthe des
rues jusquà ce que le corps devienne aussi lourd que les rouleaux de la mer.Le
coeur, le corps battent, la mer rassemble ses forces et se déchire.
Nicole de Pontcharra
Les ardoises de Guerryam
Les ardoises de Guerryam salignent comme
autant de petites stèles quelle a gravées ou perforées, peintes : mémoires
inscrites dans la roche sédimentaire ou métamorphique, elles laissent affleurer un
balbutiement de lacis et décritures, de dessins.
La plaque schisteuse y devient une table
dattente pour les signes et lhistoire inventée : supports de
limaginaire ici libéré, ces ardoises nous rappellent notre naissance à
lécriture.Comme détachées du bloc obscur, elles deviennent des pages plus
claires, traces du passage de la main et révélations du dessein fantastique, appels
déchiffrables par le passant.
En séries monochromes ou polychromes, moindres
claustras dressés ou couchés, les ardoises frottées de pigments colorés - bleu, rouge,
brun,
- senrichissent de figures et formes variées - spirales, croix,
labyrinthes, arcs
"Abattant son jeu" comme avec des "cartes à
jouer", Guerryam les dispose en face de nous et nous invite à la découverte de
leurs hiéroglyphes incisés.
A la recherche dune transparence absente,
elle perfore la matière compacte et construit en pointillés des images ajourées qui
dispersent une lumière ténue, comme venue de la profondeur.Ainsi retrouve-t-elle dans
lardoise le geste qui suggère le tatouage de la peau et lincrustation de
motifs décoratifs, lorsquelle réutilise des circuits intégrés ou imprimés
dordinateur.
Feuillets naturels épars, taillés puis
organisés en vue dune exposition, "pour établir la communication" en
quelque sorte, ces ardoises conjuguent diverses "mémoires" dans
lassemblage effectué par lartiste.
Symbole ordinaire dune
"addition", lardoise entre les mains de Guerryam se prête à un jeu de
déclinaisons, de métamorphoses quelle conduit jusquaux limites extrêmes du
lisible.
H. Nesme
Conservateur du musée Hébert
Notes sur mon travail
Jutilise les ardoises de diverses
provenances de trois milllimètres dépaisseur et qui dans ma ville couvrent les
édifices imposants du début du siècle (immeubles, banques, chambres de commerce, etc.).
Ces ardoises ont un vécu et représentent
pour moi tout un ensemble de "bloc-notes" géologiques, sociologiques ou
historiques dont je retiens principalement linscription au sens large du mot.
Les ardoises que jutilise ont regardé
le ciel.Après nettoyage et ponçage, je les fixe entre deux couronnes de métal sur ma
table de travail.
Mon outillage est très réduit : un poinçon,
un marteau léger, quelques limes et râpes et de vieux ciseaux, et je perfore, troue,
gratte, écaille, colle, déchire, déplace, égratigne, grave, casse, jette, recommence,
attaque, mords, cisaille, secoue, accule toute la matière, la fixe, la presse,
lapplique, la frotte, la cajole, la cire, lembaume, la peints, la caresse et
lui fais rendre lâme pour la faire apparaître plus belle, plus nue, plus vraie.
Jobserve ses froissements
décailles, ses poussières réfléchissantes, ses Ciels nocturnes, ses Ciels en
poudre sourds dune fascinante couleur.
Jobserve les brindilles minérales qui
séchappent des trouées et qui se révèlent à la lumière.Ce sont des alphabets
de pépites, de cristaux composant le poème du schiste ardoisier.Je fais des pointillés,
de minuscules trous dans la matière pour laisser passer la lumière.
Dautre part, je prends lempreinte
de ces textes ainsi révélés par la lumière et la matière et jexplore sur papier
ce que me rend lardoise par son épiderme et son épaisseur.
Tout un ensemble de travaux sur papier
accompagne donc ma démarche et donne à voir ce que cache lardoise.
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