|
Meryem El Alj vue par…
Fouad Bellamine
En ces temps où
le nombre de pseudo peintres ne cesse de croître, où
une peinture figurative de bon aloi envahit notre paysage pictural,
Meryem El Alj arrive par la grande porte pour nous assurer qu’une
relève dynamique et prometteuse existe bien au Maroc.
Riche de ses acquis à
l’Ecole des Beaux Arts de Nîmes auprès d’artistes professeurs
comme Alain Clément ou Claude Viallat, notre jeune artiste
étonne déjà par le nombre de peintures qu’elle
a exécutées depuis son retour au Maroc.
C’est avec une délectation
sans pareille qu’elle s’empare de l’acte de peindre pour se mesurer
au vide de grandes toiles et au questionnement que la peinture pose
en cette fin de siècle.
Les toiles de Meryem
El Alj s’organisent en grands pans de couleurs, fragments d’un espace
universel où apparaît une silhouette à peine
reconnaissable, palimpseste dont seule l’artiste a le secret et
que sa mémoire fait resurgir de son passé pour le
refouler sous des recouvrements de couches transparentes de peinture.
Meryem El Alj élabore,
lentement, prudemment même, avec un souci constant de cette
apparente contradiction, entre le visible et l’invisible, entre
le signe et l’espace, un univers personnel tumultueux et fragile.
Fouad Bellamine
Meryem El Alj ou la liberté
des grands espaces
Avec Meryem El Alj, nous
assistons avec étonnement à ce que l’on pourrait appeler
en langage des arts plastiques les "nouvelles réalités"
de la peinture marocaine moderne. (…) Les toiles de Meryem El Alj
s’organisent en grands pans de couleurs, fragments d’un espace universel
où une silhouette à peine reconnaissable, palimpseste
dont seule l’artiste a le secret et que sa mémoire fait ressurgir
de son passé pour le refouler sous des recouvrements de couches
transparentes de peinture. (…)
Hassan Megri, Le Matin du
Sahara, nov.1996
El Alj la sacrificatrice
(…) Une forme obsédante
et récurrente habite toutes les toiles de cette artiste ;
une sorte d’hécatombe : libations à quelque divinité,
immense geste sacrificiel.Quand on interroge l’artiste, elle répond
que cette forme s’est imposée à elle et qu’elle ne
veut pas encore la quitter, "et tant qu’elle s’accroche, je
n’y peux rien !", dit-elle d’un air mi-espiègle, mi-désolé.
Deux agneaux écorchés,
et dans notre mémoire collective c’est la strate matrice
de notre affectivité qu’ils interrogent.Jamais exhibés,
tout juste suggérés, recouverts d’une peinture vive,
riche et bien composée.Nous savons — et là toute la
création marocaine se love — que l’étude et la fréquentation
de la forme en fève de Viallat, son professeur, sont redistribuées,
mais arrimées au sacré, qu’elle a reçu dès
les premiers balbutiements.Cherkaoui, Melehi, Belkahia ont montré
la voie, chacun à sa manière.
A Meryem El Alj, avec le
peu de légitimité que nous nous octroyons, nous souhaitons
la bienvenue dans le cercle exigeant de l’art contemporain marocain.
Azzouz Tnifass, Le Temps
du Maroc, nov.1996
Un regard neuf sur l’abstrait
A l’actif de Meryem El Alj,
d’abord, sa jeunesse et sa disposition à progresser et à
accompagner les développements qui s’opèrent sans
cesse dans le monde de la peinture abstraite à travers le
monde.Et puisque la valeur n’attend pas le nombre des années,
tous ceux qui ont approché ses œuvres affirment qu’ils ont
été agréablement surpris."Cette jeune
femme exprime assurément un talent précoce.Un imaginaire
fertile qui ne tardera pas à s’approfondir, à se développer.Une
capacité d’anticipation par des outils peu compréhensibles,
et de fascination par des moyens peu orthodoxes." Pour paraphraser
encore Fouad Bellamine, disons que ses toiles sont des infinités
d’objets voilés non identifiés.Des ovnis sous forme
de couches de peinture qui se chevauchent et se superposent pour
aller constamment et régulièrement vers l’infini..(…)
Des toiles, des voiles, une étoile qui montent. Meryem El
Alj a de quoi séduire.Et épater.
O.A., La Gazette du Maroc,
avril 1998
L’infinité des voiles
d’une œuvre habitée
(…) Toute la démarche
de Meryem El Alj consiste en ce travail par couches de peinture
qui se superposent, ou plutôt se recouvrent, s’enveloppent.Voiles
de transparences frémissant au vent d’un "univers personnel
tumultueux et fragile", selon le regard du peintre Fouad Bellamine,
un espace qui absorbe "toutes les formes qui flottent dans
mon univers", dit Meryem El Alj."Une confrontation de
matières, poursuit-elle, qui suscite un mouvement ouvrant
une perspective, une profondeur.La dernière couche qui semble
s’en aller flotte à l’infini." C’est la toile qui arrête
l’acte de peindre, autrement Meryem El Alj pourrait continuer indéfiniment
; c’est pourquoi sa peinture elle-même brise ces frontières,
multipliant ces voiles, fougueuse par la vivacité des couleurs
qu’elle confronte.En fait, toutes ces toiles ne sont que les parties
d’un tout qui ne cesse de grandir dans son imaginaire.Pour cette
jeune artiste dont les aînés estiment qu’elle fait
partie de ceux qui peuvent donner un nouveau souffle à la
peinture marocaine, sa peinture à elle est une grande œuvre,
entière dans son esprit, qui s’enfante par fragments, voilée.
Bouchra Lahbabi, Le Matin
du Sahara, avril 1998
|