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un peintre spirituel
Omar Bouragba vit et travaille
à Marrakech, où il est né en 1945 ; il expose
depuis 1965.
Cohérence d’une œuvre.
Le travail de Bouragba est aujourd’hui celui d’un peintre abstrait
féru de géométrie. Mais sa géométrie
est lyrique : si le triangle (motif récurrent, quasi obsessionnel
chez lui depuis le début des années 80) occupe presque
toute la surface de la toile, il est tronqué sur deux côtés
et se détache sur un fond sombre. Triangle, ou pyramide ?
Bien plus qu’une forme géométrique, il y a là
un état d’âme… Cette forme d’ailleurs n’est pas vide,
mais habitée par les alluvions d’une expérience qui
lui donnent sens. Invariablement (et significativement) orienté
vers le haut, dansant sur sa base, revêtu de zébrures,
de griffures, de coulures, le triangle/pyramide se fait figuration
emblématique du temps qui va.
Abordant la peinture, Bouragba
est passé par la figuration, tout au début des années
60 - encore qu’il ne s’y soit jamais senti vraiment à son
aise, et qu’il n’y soit pas resté longtemps. En 1964 il rencontre
Gharbaoui, à Rabat, dont le geste lyrique le fascine et avec
qui il lie amitié. Période d’apprentissage, au contact
des artistes dans une ville qui bouillonne encore, au lendemain
de l’Indépendance : Omar Bouragba découvre et s’émerveille.
Poésie, peinture, théâtre, littérature…
toutes les formes d’expression l’attirent. Plus tard, dans le travail
du peintre, ce creusement de l’apparence, cette approche dramatique
d’une spiritualité à laquelle l’ont initié
les grands Russes.
En 1967 l’artiste qui encore
se cherche opte pour la peinture - qui ne le quittera plus. Il peint
au couteau, compose en décomposant à force de grattages,
vidant le tableau, la mémoire, pour atteindre la trame. Gratter
la toile : une technique, parmi d’autres ; surtout, un moyen d’accéder
à la transparence originelle. De favoriser la germination
du sens. A ce moment apparaissent dans le travail de Bouragba les
lettres arabes : le couteau creuse la mémoire et l’être,
atteint le socle identitaire. On retiendra de cette période
deux tableaux qui font date, La lune et la rose (1967) et
L’expérience de Faris Bouamama (1969), le chevalier
parti à la rencontre de l’invisible, de la mémoire
arabe…
En 1971 Bouragba revient
à Marrakech. Il cesse de peindre ; la pensée d’Ibn
Arabi l’occupe entièrement. Mysticisme ; recherche d’une
sérénité spirituelle toujours à retrouver.
De cette pause pendant cinq ans de son activité créatrice,
le peintre sort fortifié dans sa résolution de fuir
l’effet décoratif. Il éteint le brillant des couleurs,
privilégie pendant quelques années la forme pure,
géométrique mais toute en courbes, sinueuse, qui fait
se rejoindre l’en-haut et l’en-bas, le corps et l’esprit.
Depuis 1980 et jusqu’à
ce jour, s’impose enfin le triangle/pyramide. Habité par
un mouvement qui tend à s’échapper de lui, mais qu’il
contient - qu’il réfrène ? - ce triangle délimite
un espace de transparence et de tournoiement. Dans son travail le
plus récent, le peintre dramatise la composition (de façon
non systématique : certaines toiles sont très sereines)
en maculant de taches le fond traité en manière d’aquarelle.
A travers les couleurs qui maintenant ruissellent, toujours assourdies
- rouges orangés, verts d’eau, or terni - passent encore
les signes d’une calligraphie allusive. La forme renferme une intériorité
qui lui donne sens.
Bouragba réussit la
gageure, d’une exposition à l’autre, de renouveler chaque
fois sa manière tout en restant lui-même : nulle hâte
dans son évolution, nulle stagnation non plus dans sa démarche.
Le peintre avance sans se répéter, fidèle à
des choix toujours semblables et toujours renouvelés. Ses
toiles et ses papiers soulignent, avec la force de l’évidence,
la sérénité d’une démarche résolument
contemporaine - une démarche volubile qui laisse toute sa
place au Verbe en maintenant dans le travail de la peinture la primauté
de l’Esprit.
Alain GORIUS
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