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La fraîcheur du premier
jet
[…] Il s’agit d’une sorte
de premier jet qui serait libéré de toute l’idée
préconçue et qui deviendrait une peinture sur la peinture
elle-même. L’idée en soi n’a rien de nouveau car de
même que les musiciens interrogent le son pour lui-même
depuis bien longtemps, les peintres savent aussi se livrer au plaisir
de laisser vibrer les harmoniques d’une première couleur
ou d’un premier trait.
[…] Le même thème
induit une variation infinie, et tout à fait séduisante
dans le cas des peintures d’Amina Benbouchta ! C’est qu’elle part
de choses sans doute familières, tracées à
la hâte - à la limite du figuratif et de l’abstrait
- pour les faire disparaître, un peu à la fois, dans
une blanche recouvrante.
C’est comme si la lumière
reprenait le dessus, comme si finalement les objets n’avaient qu’une
importance provisoire. On pense à un rêve éveillé
que l’on voudrait figer dans son instantanéité et
qui, très vite, s’estompe dans l’éblouissement de
l’oubli. Nous sommes dans un univers de natures mortes, réduites
à la ligne essentielle. Quelques œuvres ouvrent la porte
à d’autres références : l’une faite de signes
élémentaires, sorte de calligraphie intemporelle placée
sur un fond blanc, et l’autre faite d’un graphisme naissant sur
un fond noir, un peu comme une gravure rupestre réduite à
l’espace du cadre. Nous sommes au seuil des premiers pas de l’homme,
et la peinture se redécouvre une âme nouvelle.
B. LESTARQUIT
Benbouchta : la peinture
comme sujet
A regarder avec insistance
les travaux d’Amina Benbouchta, on s’aperçoit très
vite que ce qui compte pour elle, c’est la peinture. Non le prétexte
que constitue le sujet à peindre mais bel et bien l’immersion
totale de ce sujet dans l’acte de peindre.
Le motif choisi aurait
souvent pu faire les délices d’un spécialiste en natures
mortes. Ici, il devient autre. Il se situe en combinatoire d’objets,
présents dans un espace voué entièrement au
temps. Il fusionne avec l’acte pictural en train de l’entraîner
à être signe. Tandis qu’il se dévoile peu ou
prou, selon les circonstances de la matière et du pinceau
en train de l’appliquer.
Voici l’œil en présence
d’un palimpseste dont aucune des couches successives n’aurait été
grattée. Chacune s’y additionne dans une translucidité
permettant de voir l’ensemble des éléments selon une
chronologie similaire à celle à laquelle se réfère
un archéologue lorsqu’il examine une coupe géologique.
Aucune importance dès
lors que tel ou tel élément rappelle un récipient,
une branche, une boîte. Ni que tous constituent sans doute
une référence au réel. Ils jouent d’abord un
rôle de présence éparpillée, entre transparence
et opacité, entre fusion et disparition. Ils traversent des
moments dissimulés, se révèlent avant de se
dérober : jeu subtil qui ne s’accommode d’aucun réalisme.
Michel VOITURIER
Une alchimie à
fleur de peau
Plusieurs moments picturaux
rapprochent le travail de A. Benbouchta de celui de Bellamine. Tout
d'abord, ces émergences lumineuses dans l'opacité
que la toile s'offre à elle-même. Ensuite une certaine
obsession de l'épuration de la couleur par un travail infatigable
sur la surface qu'offre la scène finale du tableau. Et qui
dit scène dit mise en scène de ce qui dans l'oeuvre
s'offre doublement à la lecture voyante, à savoir
le signe objectal (formes qui invitent à une symbolisation
de l'espace du tableau par le regard) ainsi que par l'ouverture
de ce même espace à une certaine présence voilée
du sens.
(...) Derrière tout
espace, si coloré soit-il, une substance lumineuse et translucide
émerge, transfigurant ainsi notre perception visuelle comme
pour destituer le jaune ou le bleu de sa nomination et le livrer
au jeu et enjeu de la lumière. Se révèle ainsi
une propension vers une pureté originelle dont l'ivresse
atteint aussi bien le récepteur que l'artiste lui-même.
En effet la peinture devient ici synonyme d'ascension vers le sublime.
Finesse du geste, limpidité
des couleurs, jeu, recherche formelle doublée d'une fluidité
des formes, telles sont à mon sens les qualités d'une
peinture dont la légèreté traduit sans doute
une grande richesse picturale.
Farid ZAHI
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