Azouzi, peintre et humaniste
Né en 1946 à Casablanca, Mohamed Azouzi,
originaire du Sud (Tafilalet), est l'un des plus grands peintres actuels. Ses expositions
ne se comptent plus : de Paris à Tokyo, Azouzi est reconnu comme un artiste capable de
nous donner à voir autre chose que cette picturalité cyclique qui défigure les murs de
la ville.
Azouzi est un visionnaire, l'ordonnancement des
élémentarités qu'il étudie au fil de ses pinceaux et de couleurs chatoyantes implique
une philosophie qui inscrit le sens dans la sobriété des formes ambiantes.
(
) Ce qu'il y a d'extraordinaire, c'est
qu'Azouzi mêle à l'ancien temps une historicité. Tout un univers s'érige en chants
multiples et le chatoiement des couleurs ne le cède en rien à la fermeté de la
maîtrise. Il est difficile pour quiconque ignore l'histoire du Sud d'entrer d'emblée
dans ces arcanes que d'aucuns prendraient pour de l'exotisme. Voilà donc e que j'appelle
une vraie peinture. Non seulement elle me donne à voir mais encore elle me rappelle un
vécu plein de rêves multiformes et cette grande douceur de nos enfances à jamais
disparues. La beauté infinitésimale des créations de l'esprit opère ici une refonte
totale du caractère qui met en scène les signes annonciateurs du texte. Oui, il est
question ici d'un véritable texte. Au demeurant, c'est la poésie qui sourd de ces
tréfonds immémoriaux, de cette remontée vers l'air libre.
Il faudrait aussi dire que tous les signes peints
sont une chorégraphie exemplaire. Chargés de rythmes, ils progressent et se rejoignent
avec clarté. Un véritable ballet se met aussitôt en action. Fugaces et belles, les
séquences donnent lieu à une représentation magique, à une visualisation de tous les
instants. L'imaginaire s'espace en instances fortes du trait original qui les anime. Je
gage qu'Azouzi sera bientôt reconnu au Maroc comme l'un de ses enfants les plus
dynamiques. Car ses créations disent le souvenir de la terre natale.
Mohammed KHAÏR-EDDINE
Esprit, Paris, septembre 1991
Fureur et mystère
(
) On avait eu raison de miser sur Azouzi.
Déjà il tient ses promesses. Loin de le stériliser, l'enseignement occidental (encore
fallait-il tomber sur de bons maîtres) lui a fait pleinement prendre conscience de ses
origines, l'a poussé à les revendiquer. Peut-on traiter d'abstraites ses compositions
où les symboles, voire les caractères arabes, consciemment sollicités, s'incarnent en
des harmonies colorées chaudes et subtiles ? Des ardeurs rougeoyantes aux délicatesses
de la grisaille.
Jean-Marie DUNOYER, Le Monde, 4-5 mars 1979
Un sens aigu des rapports et de la lumière
En suivant depuis plusieurs années les
approches, les bonds en avant, les reculs et enfin l'épanouissement de ce peintre
marocain, j'ai ressenti un vif plaisir devant ses oeuvres nouvelles. Celles-ci
prouvent qu'il a gagné avec ses dons, avec son travail et son opiniâtreté, une
ouverture d'esprit. On peut dire a livré un combat, en luttant pour comprendre quelles
étaient les sources profondes de son art.
Ce peintre puisant dans son ethnie a donc voulu,
à travers elle, reconquérir sa personnalité dans la modernité. Si je dis que la lutte
a été dure, c'est qu'il est assez mal porté dans cette époque de puiser dans son
ethnie artistique et qu'il faut un grand courage pour continuer à s'exprimer dans le sens
pictural et plastique.
J'insiste, en affirmant que le sens pictural et
plastique doit être la seule constante dans l'art à travers le monde. Ce sens est mal
porté, comme je le dis plus haut, parce qu'une certaine intelligentsia prétend que les
moyens rapides de la communication promulguent l'internationalisation de l'Art.
Ces oeuvres sont de très belles qualités,
d'expression et d'invention, la couleur est bien comprise en un sens aigu des rapports et
de la lumière. Dans beaucoup de celles-ci on aperçoit une propension vers la
monumentalité. Ses oeuvres sont très variées mais dans l'unité.
Je dirais avant de finir une chose : il n'est pas
favorable de considérer cette démarche dans l'étroitesse du tableau de chevalet, car
l'expression et l'écriture de ce peintre résident plutôt dans l'exécution d'objets
peints ou de peintures murales.
Jean BERTHOLLE
Empreinte, Cahier n°
14,
AZOUZI, Editions Argraphie,
Paris, 1985

Azouzi, peintre africain
Azouzi dit souvent qu'il est "un peintre de
la vie quotidienne" ; il la reconstruit dans ses compositions au travers des lettres
de l'alphabet arabe, des signes et des cryptogrammes berbères. Il n'est pas calligraphe.
Il utilise la lettre parce qu'elle est un élément constitutif de sa propre culture mais
la mise en valeur de sa beauté n'est pas pour lui une fin en soi. Il ne reproduit pas sur
une toile les entrelacs et les courbes ou les versets du Coran qui décorent si
magnifiquement les plus beaux monuments d'art islamique. Azouzi se sert de la lettre pour
inventer des images. C'est cette volonté de dépassement de la tradition qui en fait un
artiste éminemment moderne. Il refuse d'être enfermé dans une définition, une
chapelle, ou même une appartenance nationale. Azouzi se considère d'abord comme "un
peintre africain". C'est un artiste syncrétique qui emprunte une technique
occidentale pour mieux transfigurer la lettre arabe et nous livrer une vision brûlante et
parfois austère de l'Afrique Noire dont le sang berbère garde aussi la mémoire.
Pascal RÉCHARD, Galerie
A.R., Paris
Mohammed Azouzi |