Les expos des Atlassides -2005 -
Trois créateurs du Maroc contemporain, du bijou à la création textile en passant par la haute couture, pour commencer en beauté l'année 2005. Trois artistes à part entière, deux femmes, un homme, qui témoignent de la vitalité de la création marocaine : ils revisitent l'ancestrale tradition pour mieux la réinventer en l'adaptant au bel aujourd'hui. L'exposition à ne pas manquer aux Atlassides : on y respire, subtil, raffiné, l'air du temps au Royaume de l'Extrême-Couchant. Scénographie : Hamid Fardjad. A. G
AMINA AGUEZNAY
“ Créatrice de bijoux réputée, Amina Agueznay fit au départ des études d’architecture aux Etats Unis. Le retour dans son Maroc natal correspondait à un désir de changer de voie. Fille d’une artiste peintre qui collectionnait d’antiques bijoux berbères, elle créa une première collection inspirée de cette tradition. Elle trouva ensuite les chemins de sa liberté en assemblant à des œuvres issues d’un passé prestigieux des matières aussi différentes que du nacre, du corail noir, du quartz, des améthystes et plus modestement mais avec non moins de singularité, des galets et autres matières trouvées lors de ses flâneries en forêt ou sur les bords de mer.
Travaillant aujourd’hui avec le styliste Noureddine Amir, elle en arrive, afin de rehausser la beauté de ses robes, à confectionner des bijoux en cannelle, en papier, en bois, toutes matières a priori vulgaires qui entre ses mains deviennent des matières nobles. Personne, en découvrant ses bijoux, ne contestera ce terme. ” Joshka Schidlow, journaliste à Telerama
NOUREDDINE AMIR
Pour comprendre le travail de Noureddine Amir, il faut oublier tout ce que nous savons et surtout tout ce que nous croyons savoir du Maroc. La couleur locale et le folklore n’ont pas de place dans sa recherche. En revanche, la tradition en a une. Imminente, elle est à la source de son inspiration, elle laguide. Mais cette tradition raffinée et pointilleuse, Noureddine Amir la bouscule, il la malmène, il explore, sans retenue ni ménagements, toutes ses possibilités. Bref, il la force à se remettre à vivre.
S’il est novateur dans le respect des formes, c’est dans les jeux de la matière que son génie d’invention et sa verve subversive s’expriment. Ses ateliers sont un laboratyoire où l’on travaille le lin fin au henné, mais aussi des éléments aussi audacieux que les roses ou la cannelle pour leur faire prendre les formes les plus inattendues. Les plus gracieuses aussi.
Héritier créatif d’une tradition ancestrale, Noureddine Amir a su en tirer un courant personnel qui apporte au grand courant de la mode son tribut inimitable. François-Olivier Rousseau
SOUMIYA JALAL MIKOU
Après l’obtention de son diplôme d’architecture en 1984, Soumiya Jalal revient au Maroc et exerce son métier d’architecte urbaniste pendant quelques années. Toutefois, au-delà de cette vocation, sa fascination pour la construction textile l’emporte. Elle décide donc de partir pour le Canada et entame une formation en tissage à l’école des métiers d’art en construction Textile de Montréal. De retour au bercail, elle met en place des formations d’artisans tisserands dans différentes régions du royaume et expose régulièrement ses œuvres dans son pays et à l’étranger.
Depuis, Soumiya est devenue « maître d’art » dans cette technique toute nouvelle au Maroc. De ses œuvres découlent gaieté, joie, et euphorie. Ses inspirations sont le fruit du rêve, de la nostalgie et du sentiment ; on admire la rigueur de ses compositions. Soumiya ambitionne d’industrialiser son art et de donner au textile marocain, la possibilité d’une production en série de très grande qualité afin de promouvoir cette technique sur le plan international.
Certes la céramique est un art pratiqué depuis des siècles en Afrique du Nord. Depuis Volubilis jusqu’aux zelliges de la haute époque, et jusqu’à aujourd’hui, le carrelage a embelli les demeures de tout le Maghreb. Avec Kamal Lahbabi, architecte devenu maître-céramiste par passion, la donne change : le céramiste n’est plus artisan reproduisant le motif immuable, mais artiste à part entière : il peint en céramique, et chacune de ses pièces est unique. Autant de compositions, autant de tableaux différents. Cependant les créations de Kamal Lahbabi ont cet avantage, par rapport aux travaux sur toile, qu’elles dureront bien mille ou deux mille ans — sauf cas de force majeure ; et sans doute tellurique. Voici un artiste dont les œuvres, délicatement figuratives mais contemporaines dans leur agencement, enchantent le regard et l’esprit : chacune d’entre elles raconte une histoire ; quand elles sont rassemblées, c’est un conte qui se déploie sous nos yeux. Aujourd’hui, Kamal Lahbabi nous propose, en céramique, l’histoire de la mariée, et de ses somptueux atours — qui enchanteront les belles demeures de ce côté-ci de la Méditerranée. Avec lui, l’antique carrelage retrouve ses lettres de noblesse, redevenant création plastique pleine et entière. Du passé et de ses prestiges jusqu’au bel aujourd’hui, Lahbabi sait renouer le fil.
Alain GORIUS
“Dans le décor de la mémoire, la céramique est là, lumière pétrifiée, épiderme vivant d’un corps inerte, fascinant de luxe et de mystère. Présence d’un art qui n’évoque ni les cieux, ni les chimères, mais la vie ; où parfois même l’empreinte du temps et des hommes s’efface sans laisser de trace.
Un art pas seulement contemplé, mais vécu. Une œuvre qui prend ses racines dans la Terre, le Feu et l’Eau. Kamal LAHBABI
Lahbabi l’alchimiste
Au plus proche des métaphores (la soif de la terre, la cruelle parodie de l’eau qu’est le sable ; le labyrinthe ébauché par l’écriture noyée des dunes, la ville qui, par la réitération d’un motif, unifierait la solitude et la multitude; le voile d’une silhouette et la minéralité des murs ; la couleur, comme une goutte d’eau cristallisée par le feu), le céramiste est ramené, au sens littéral, à même la terre, là où les architectures s’effondrent, se recommencent, rêvées sur des terres planes. Etre toujours plus près du recommencement. Il y a de l’alchimiste chez Kamal Lahbabi, un alchimiste qui n’en finit pas d’être surpris par une couleur inattendue et pourtant prévue, amoureux d’un détail, pris et repris tel un oasis fastueux et illusoire comme si les transmutations se devraient d’être toujours en cours. Souvent une scène familière : un homme attablé, clos dans une solitude tranquille. Il nous arrive de loin, l’émail fermant les porosités de “ volcan éteint ” qui semblent encore nous le confisquer. Il apparaît, n’en finit pas de nous apparaître, incendie qui se déclare sans se produire, brèves transmutations toujours au bord de sa révélation. L’attente se fait durée. Temps de l’attente de cette solitude, ou de ce visage féminin que le regard, le parcourant, a l’illusion de recréer, mais que la pellicule de la couleur, comme du temps durci, nous met en demeure de toucher. Qu’un corps nu s’éploie, enracinant une de ses mains à la liane d’une rivière, son espace est la nostalgie qui nous habite ; nous en caressons les parois lisses. Et de l’espace où nous nous mouvons, Kamal Lahbabi, sur la surface plane, nous livre les reflets de lumière, presque capturée, où miroitent les années nécessaires à nous parvenir, dans l’exil dévoilé, à distance, de la lumière qui nous entoure. Il m’est arrivé de voir un homme, sculpté, oui : à trois dimensions, oui : “sauvé” des métaphores de la terre assoiffée : chapeau sur la tête, tête inclinée, jambes lourdes ; il était là, surpris, échappé, à la dérive, comme en état de lévitation, comme s’il était le siège d’un vent permanent interne, à découvert, avide d’espace et veuf de la terre.
Jean SIGNORET
K. Lahbabi vit
et travaille à Paris. Il a recréé à l’identique
des carreaux du 16è siècle pour les musées de France,
1967-1974 Beaux Arts - Paris (Architecture) 1982 Exposition à Dallas (USA) ; Exposition “Mehr Licht”, Académie I - Paris 1983 Art Mural en France - Musée du Palais du Luxembourg, Paris 1984 Jeune Peinture - Grand Palais, Paris 1990 Musée des Arts Africains et Océaniens, Paris 1993 Galerie Alif Ba - Casablanca 1994 Galerie Les Orients, Paris 1995 Galerie Nadar, Casablanca 2000 Galerie Al Manar, Casablanca 2002 Musée de Marrakech (Fondation O. Benjelloun), Marrakech
Née d'une famille d'artistes, Francesca Brenda
se passionne dès son plus jeune âge pour la peinture, héritage de son
père, originaire de Curaçao. De mère française, elle est élevée à Bogota
par sa grand-mère colombienne. Dès son adolescence elle prend conscience
des violentes contradictions de cette société extrême, et participe
aux mouvements destinés à faire évoluer les disparités flagrantes.
Francesca a un rapport charnel avec la toile
blanche de son futur tableau. Elle la prépare longuement, à l'ancienne,
la tend sur le châssis, passe plusieurs couches de colle de peau de
lapin et la blanchit tout en étant attentive à laisser apparaître la
trame du tissu, qui doit faire partie de l'ensemble. Ce travail dure
deux à trois jours entre séchages et nouvelles couches. Ensuite la toile
blanche la fascine longtemps avant qu'elle ne commence à peindre. Elle
semble faire le vide, rassembler ses forces et ses émotions avant de
se lancer dans l'aventure de la création.
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